Carnet de route

Escalade artificielle dans le Verdon

Le 10/07/2021 par Arnaud

Je rêvais depuis plusieurs années de faire une grande voie d'escalade artificielle sur deux jours avec nuit en portaledge. J'ai bien quelques journées d'expérience en escalade artificielle que j'ai pu faire au cours de formations FFCAM en alpinisme ou en terrain d'aventure, mais jamais je n'ai eu l'occasion de partir en grande voie sur deux jours avec bivouac en paroi.
J'avais quelques jours de disponibles ce début juillet, et j'en ai donc profité pour aller faire la voie de la Castapiagne Rouge, accompagné de Patrice, du bureau des guides de La Palud sur Verdon, et spécialiste de big walls et d'escalade artificielle.

L'escalade artificielle
L'escalade artificielle, ou artif, est une forme d'escalade dans laquelle le grimpeur pose artificiellement ses points de progression dans les faiblesses du rocher (à l'aide de pitons, coinceurs...), puis y attache un étrier, monte sur l'étrier, et répète le processus à chaque point.
L'escalade artificielle est moins pratiquée de nos jours, mais elle est encore très présente dans des parois mythiques telles que le Yosemite.

Voie de la Castapiagne Rouge
La Castapiagne Rouge est une voie historique du Verdon qui se situe dans la falaise de l'Escalès. Elle a été ouverte en 1972 par B. Boucasse, J. Fouque, M. Tanner, B. Vaucher, M. Coquillat, R. Jamin et H. Rigaud, qui ont réalisé cette première ascension en escalade artificielle avec les moyens de l'époque (pitons, coins de bois...) et sans les coinceurs à came que nous avons aujourd'hui. Une vraie prouesse technique, d'autant que pour gravir la quatrième longueur ils ont été les premiers en France à utiliser des plombs pour progresser.
Quelques points ont été ajoutés dans la voie dans les années 2000 pour permettre son ascension en libre (niveau 7c/8a). Ce qui permet de la réaliser tout de même en escalade artificielle mais avec un engagement moins exposé qu'avec l'équipement  d'origine.

Longueur 1 : 6a+
Après avoir fait un rappel de 180 mètres plein gaz, avec une vue magnifique sur les gorges du Verdon, nous nous retrouvons au pied de la longueur 1, avec nos 70 kilos de matériel nécessaires à l'ascension de la voie et à la nuit en paroi.
C'est Patrice qui attaque en tête cette première longueur en 6a+, qui se grimpe en libre.
Je pars en second en mode escalade artificielle, c'est-à-dire en remontant sur la corde (avec grigri + jumar) et en récupérant le matériel posé dans la voie.
Pendant que j'effectue la remontée sur corde, Patrice va hisser un petit sac de hissage qui contient tout le matériel nécessaire à cette première journée (coinceurs, pitons, marteaux, eau, en-cas pour la journée).

Longueur 2 : A1/A2
A mon tour de partir en tête. J'ai devant moi une superbe fissure hyper déversante. Je pose donc un à un des coinceurs à came (friends) dans la fissure et je me hisse sur chaque point avec mes étriers. Tout va bien jusqu'au milieu de la longueur, où un de mes friends, probablement mal posé, s'est arraché brutalement de la fissure au moment où j'ai voulu me hisser dessus. Résultat : un beau petit vol d'une dizaine de mètres, avec le Verdon qui coule quelques 250 mètres plus bas, ambiance.
Je me fais un autre petit vol un peu au-dessous du relais pour avoir posé un friend dans une fissure un peu trop ouverte. Mais je finis tout de même par atteindre le relais R2.

Longueur 3 : A2/A3
Patrice part dans cette troisième longueur, encore plus déversante que la précédente. Je le suis en remontant sur la corde. Je récupère aussi le matériel, mais cette fois le devers est tel que je dois à chaque point récupéré me laisser tomber dans le vide en pendule sur la corde. Avec le gaz que j'ai au-dessous de moi, je trouve tout de même bien fine cette corde de 10 mm qui retient ma vie.
Arrivés au relais R3, on hisse le gros sac de hissage resté en bas et qui contient le matériel pour la nuit. Installation du portaledge. Ça fait trop du bien de pouvoir s'asseoir après une journée entière dans le baudrier.

Longueur 4 : A3/A4
On décide de grimper la L4 avant la nuit. La corde sera ainsi en place pour demain matin et nous n'aurons plus qu'à faire une remontée sur corde pour rejoindre le relais R4.
Je pars donc en tête dans cette longueur, qui contrairement aux autres n'est pas une fissure et je ne peux donc pas utiliser de coinceurs ou de pitons. Je me sers des quelques spits en place pour me hisser un maximum mais ce n'est pas suffisant pour progresser. Je ne trouve pas de solution pour continuer jusqu'à ce que je repère une petite réglette que je peux atteindre à bout de bras. Je sors alors un crochet goutte d'eau sur lequel je fixe mon étrier, et cela me permet de me hisser jusqu'à point suivant, un vieux spit de 8, qui tient le coup. Arrive ensuite une section en dièdre ouvert dans laquelle on trouve des vieux plombs posés par plusieurs générations de grimpeurs. Je clippe un mousqueton dans le plomb qui me parait le moins pourri. Je charge mon étrier, je hisse mes 95 kg sur le plomb... Ça tient... Je réussi à atteindre le point suivant.
Retour au portaledge. Petite bière face aux gorges. Bon repas. Discussions autour de l'escalade en big wall, et anecdotes de Patrice sur ses expériences au Yosemite. Et on s'endort dans la nuit étoilée.

Longueur 5 : 4c
Après un bon petit déjeuner et le rangement de tout le matériel, on rejoint le relais R4.
Je pars en tête dans la longueur L5, 4c dans le topo mais moi je dirais plutôt du 5, et surtout aucun équipement en place et une quasi impossibilité d'y poser des protections. Bref une longueur engagée, que je grimpe tout doucement en posant mes pieds le mieux possible, et j'arrive enfin au relais R5.
Petit moment d'hésitation pour la suite de l'itinéraire, car Patrice qui a déjà fait la Castapiagne il y a 18 ans en solo auto-assuré, s'était arrêté à R5 et n'avait pas osé se lancer dans le grand toit. Mais devant ma motivation sans faille pour aller dans le toit, il n'hésite pas longtemps et on continue l'aventure.

Longueur 6 : A2/A3+
Une longueur qui démarre en traversée horizontale sous un gigantesque toit. C'est Patrice qui part en premier. Il réussit à passer la traversée en libre (un bon 6c continu) et enchaîne avec le passage du toit en A3+.
J'essaie la traversée en libre, mais je me rends très vite compte que ça va être trop physique pour mon niveau de grimpe du moment. Alors je passe en mode escalade artificielle en me vachant sur chaque point et en posant mes pieds dans les étriers. Le seul petit problème c'est que Patrice est passé en libre et les points qu'il a posés sont assez espacés. En plus c'est lui qui a tous les coinceurs...
J'avance donc comme je peux dans la traversée jusqu'à ce que je me vache sur un piton en place. J'y transfère tout mon poids... ça ne résiste pas... je pars en vol avec le piton. Je finis ensuite la traversée et j’enchaîne avec le passage du toit en A3+ bien physique. Arrivée à R6.

Longueur 7 : A3
Une longueur avec un petit toit et des bombés peu prisus. C'est Patrice qui s'y colle. Je le rejoins à R7 sur une vire confortable. On se fait une bonne pause, on casse la croûte, on discute. Encore un chouette moment d'échange. Un super mec ce Patrice. C'est aussi ça l'escalade artificielle, un voyage vertical où on partage tout intensément, l'escalade, les émotions, les échanges humains.
Pour la suite on décide de ne pas faire la dernière longueur (peu intéressante techniquement d'après les infos de Patrice) et surtout avec des gradins qui compliquent le hissage du sac. On longe alors la vire pour rejoindre la dernière longueur de la Dérobée (une autre voie historique que j'ai faite pour ma part il y a une quinzaine d'années). Retour sur le plateau. La boucle est bouclée. C'était trop bien !

Arnaud

 







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