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Biodiversité

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Le point...

 

En mai 2019, la France a accueilli la 7e conférence de la plateforme mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques (IPBES[i]), organisme scientifique dépendant de l'ONU.

Le constat

Le constat est accablant, une espèce animale et végétale sur huit est en voie d’extinction dans le monde. Le rythme s’accélère avec, depuis 50 ans, une vitesse 100 à 1000 fois plus élevée que celle de la disparition spontanée des organismes vivants. Depuis 1900, 20% des espèces locales ont vu leur nombre diminuer drastiquement, on compte sur le territoire français (métropole et outre-mer) 10143 espèces menacées.

Le rapport estime que 75% de la surface terrestre et 66% de l’environnement marin sont dans un état de délabrement plus ou moins important. Le milieu marin, indispensable à la survie de millions de personnes, voit 33% des récifs coralliens et plus d’un tiers des mammifères marins menacés. On ne compte plus les zones mortes dont le nombre explose surtout le long des côtes, hauts lieux de la reproduction des espèces marines. En Méditerranée, 10% des herbiers de Posidonie ont disparu au cours du XXe siècle, le rythme actuel fait craindre leur totale disparition à la fin de ce siècle ! Les amphibiens restent les espèces les plus menacées avec une diminution de leur population de 40%.

Une étude allemande basée sur l’observation et le comptage des oiseaux dans un espace protégé, ce durant 27 ans, a montré que 30% de leur population a disparu. Par ailleurs, 73 études montrent que 40% des insectes sont menacés d’extinction. En France, une étude CNRS/ Muséum d’Histoire Naturelle estime que 30% des oiseaux des champs sont en voie de disparition comme par exemple l’alouette que l’on n’entend plus chanter dans certains départements.

Ces études se penchent plus particulièrement sur la disparition d’espèces visibles. Au niveau des sols, le constat n’est guère meilleur puisque les très emblématiques vers de terre sont également menacés. Ils jouent un rôle important dans la fertilisation des sols. Ils creusent des galeries et remontent vers la surface leurs déjections sous forme de turricules1 riches en minéraux et humus. Leur diminution entraine donc une perte importante de fertilisants naturels qui, au lieu d’alimenter les végétaux, finissent dans les nappes phréatiques. Ces galeries facilitent la pénétration de l’eau et favorisent l’enracinement des plantes. En 1950, on comptait deux tonnes de vers de terre à l’hectare dans les champs aujourd’hui à cause de l’agriculture intensive les agronomes n’en comptent plus que 200 kg !

Toutes ces études portant sur des espèces facilement identifiables sont loin de la réalité car pour une espèce connue en voie d’extinction, combien d’autres organismes peu visibles et indispensables à l’équilibre des écosystèmes sont-ils menacés ou déjà disparu ?

1 Turricules : déjections des vers de terre de forme spiralée que l'on retrouve sur les pelouses, plus particulièrement en hiver.

En montagne…

L’observatoire national de la biodiversité  a publié une carte qui montre sans surprise qu’en montagne la biodiversité se porte mieux qu’en plaine. Mais ne nous leurrons pas, nous avons tous observé lors de nos randonnées une diminution des insectes comme les sauterelles, les grillons et les papillons qui, dans les années 80, foisonnaient dans les prairies. Le traitement sanitaire des animaux domestiques, la dispersion par le vent, non seulement des micros plastiques mais également de poussières chargées de pesticides jouent un grand rôle dans leur disparition. L’amendement des prairies a également participé à cette raréfaction.

Sans oublier les plantes...

Selon l’étude publiée dans la revue Nature Ecology and Evolution, les plantes disparaissent deux fois plus vite que les amphibiens, les mammifères et les oiseaux réunis. En France, 15% de la flore sauvage est en voie d’extinction. Les diverses publications étudiées pour cette étude montrent qu’entre 1753 et 2018, 571 espèces de plantes ont été éradiquées, ce qui représente 0,2% des plantes connues et la tendance s’accélère. Avec un taux 2 fois plus élevé qu’avant 1900 et 500 fois plus important que le taux d’extinction naturel en 2050  nous pourrions assister à la disparition d’1/8 des espèces.

Les causes de ces effondrements en France métropolitaine

Le rapport 2019 de l'ONB (Observatoire National de la Biodiversité) fait le point sur les causes de cet effondrement dans nos territoires (métropole et outre-mer).

1.   L’artificialisation du territoire

Entre 2006 et 2015, la France a perdu l’équivalent du département de Seine-et-Marne sous le béton et le macadam. L’artificialisation des sols croit 3 fois plus vite que la population avec  une augmentation de +1,4% par an. A ce jour, seul 52,7% du territoire reste peu anthropisé. Les prairies permanentes ont diminué de 7,9% en dix ans seulement (de 2000 à 2010), certaines se trouvent enchâssées entre villes, cultures et sylvicultures intensives ce qui favorise la disparition des espèces inféodées aux milieux ouverts. Les habitats sont fragmentés par le développement des infrastructures de transport de toute sorte et la circulation de la faune et de la flore sauvage s’en trouve entravée. En France, seulement 20% des écosystèmes remarquables sont dans un bon état de conservation.

2.   La surexploitation des ressources

Si en France métropolitaine la surexploitation est moins aigüe qu’ailleurs, c’est par omission de notre responsabilité au niveau mondial. Nous importons de nombreux produits agricoles et industriels qui sont responsables de la destruction des milieux naturels dans le monde entier (soja, huile de palme, terres rares….).

3.   Le changement climatique

L’augmentation moyenne des températures mondiales est estimée à 1°C depuis 1900.
Dans notre pays depuis 1900, la température moyenne a augmenté de 1,5°C : environ 1° en plaine et 2° en montagne avec une augmentation de température atteignant 4°C observée localement près du massif du Mont-Blanc entre les années 50 et 2000. Les hivers sont plus doux avec en moyenne 2,5 jours de gel en moins depuis 1960.
L’impact sur les organismes n’est pas négligeable, ils ont de plus en plus de mal à s’adapter aux nouvelles conditions de vie. Le décalage entre le cycle des ressources alimentaires et les dates de reproduction entraîne une mortalité importante des jeunes, les oiseaux migrateurs arrivent plus tôt - 6 jours environ- sur nos côtes qu’il y a trente ans.

4.   Les espèces exotiques envahissantes

Ces espèces menacent l’équilibre écologique des écosystèmes et entrent en concurrence avec les espèces autochtones. Les milieux insulaires sont les plus touchés car de nombreuses espèces y sont endémiques et ne connaissent pas la prédation. Elles n’ont donc pas développé les défenses nécessaires pour lutter contre les invasives. En 2016, 60 espèces parmi les 100 les plus envahissantes ont été identifiées en Outre-mer. En métropole, depuis 1979 on compte six espèces exotiques envahissantes de plus tous les 10 ans.

5.   Les pollutions

Tous les milieux sont touchés (air, eau, sol et sédiments) par les polluants déversés dans la nature. Cette pollution touche autant la flore que la faune qui sont intoxiquées par les produits chimiques répandus par nos activités. Ces contaminants agissent sur la reproduction (perturbateurs endocriniens) et le comportement et ils induisent un manque de nourriture. L’éclairage artificiel et la circulation routière perturbent également les organismes vivants.
En France, malgré des efforts non négligeables qui ont permis la diminution des phosphates dans les cours d’eau (-37% depuis 1998), l’utilisation intensive des produits « phytosanitaires » ne cesse d’augmenter (+12% en agriculture depuis les périodes de référence : 2009-2011 et 2014-2016).
A cela s’ajoute la pollution des matières plastiques qui devient de plus en plus préoccupante puisqu’elle concerne tous les milieux et entraîne la mort directe des animaux étouffés par l’ingestion de ces résidus. Sans oublier que ces débris sont porteurs de polluants, de virus et de bactéries qui peuvent affecter la vie humaine.

En conclusion

« La disparition rapide de la biodiversité biologique est bien le résultat conjugué des activités humaines »
(
Rapport de l’ONB 2019).

L’ONB préconise des « changements transformateurs » qui devront être décidés par la communauté internationale lors de la conférence des parties de la convention sur la diversité biologique qui aura lieu en 2020. Cette conférence revêt un caractère déterminant.

Nous devons envisager un changement radical de nos sociétés et de nos modes de vie et de consommation individuels et collectifs afin de reconstruire la biodiversité qui pourra ainsi nous fournir de manière durable les services et ressources dont nous dépendons pour notre survie.

Il est nécessaire de renforcer et amplifier les politiques publiques en réponse aux impacts des pressions sur la biodiversité. Divers programmes existent en France comme le plan national ECOPHYTO : issu du Grenelle de l’environnement (2007) le premier plan Ecophyto avait l’ambition de diviser par deux en dix ans la consommation de phytosanitaires ; ce fut un échec quasi total, avec une consommation qui continue à progresser. Ces programmes devront être renforcés et amplifiés et c’est à chaque acteur économique de se mobiliser si nous voulons parvenir à une bonne gestion des ressources.

Au-delà de l’Etat et des acteurs publics, la société civile doit se mobiliser et un consensus sera nécessaire afin d’aboutir à une évolution favorable de notre environnement.

La survie de l’humanité est en jeu, l’effort sera important mais si nous ne désirons pas être responsables de la 6 grande extinction des espèces vivantes, il nous faut  agir dès maintenant.

 

[i] IPBES   Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques -site en anglais mais on peut en trouver une présentation ici

Alouette
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Atelier "environnement"

Atelier "environnement"

Congrès de Grenoble (11/2019)

 

Le Congrès fédéral de Grenoble (9-11 novembre 2019) est un événement ! Le premier jamais organisé, disjoint de l'assemblée générale annuelle, ouvert à tous, destiné à échanger et bâtir des propositions pour l'avenir. L'action 100 du projet d'olympiade est un engagement tenu, rassemblant 400 participants.

Cinq thèmes étaient retenus - sports de montagne, jeunes, environnement, refuges, bénévolat – découpés en 20 ateliers, répétés plusieurs fois ; 42% des présents ont participé à au moins un atelier sur l'environnement. Le changement climatique à lui seul a réuni 80 personnes.

Un équilibre a été trouvé entre le temps de présentation de la situation existante et le temps d'échange, largement majoritaire. Des publics très différents se sont rencontrés : depuis le tout nouvel adhérent sans responsabilité jusqu'au président de club blanchi par les années. Une synthèse de l'ensemble du congrès sera prochainement diffusée. Les travaux ont clairement fait ressortir des tendances, des attentes mais aussi des clivages     nets, comme sur la question du changement climatique : « on n'y peut rien » ou au contraire « il faut s'engager fortement ». Des propositions aussi ont émergé, pas toutes aisées à mettre en œuvre naturellement.

Il appartient à présent à tous ceux qui exercent des responsabilités ou en prendront au cours de la prochaine olympiade, dans la fédération, les clubs et les comités territoriaux, de se saisir de ce riche matériau pour que nous puissions relever les nombreux défis à venir, transmettre l'amour de la montagne et des sports de montagne, contribuer à préserver ces trésors naturels pour la joie des générations futures.

Marie Laure TANON

AMÉNAGEMENT ET FREQUENTATION

Plusieurs participants aux deux ateliers étaient bien impliqués dans leur club et auprès des instances régionales. Une personne a défendu l'aménagement de la montagne afin de pérenniser les emplois en stations.

En introduction ont été exposés l'état de l'environnement, les aménagements de la FFCAM (nos refuges et leur accès) et les prises de position actées dans la Charte Montagne de la fédération.

Il est apparu primordial que les clubs qui entretiennent et aménagent des sites (d'escalade par exemple) négocient avec les autorités locales et environnementales pour éviter les atteintes à l'environnement. Il est important que les clubs s'impliquent dans la gestion du territoire, cela facilite en outre l'organisation de manifestations. Ceux qui organisent des compétitions ou manifestations ont affirmé laisser le terrain en meilleur état qu'au départ, mais beaucoup ont demandé qu'une limitation du nombre de participants soit appliquée afin de préserver la faune et la flore.

Un travail de sensibilisation à l'environnement dans les clubs devrait être proposé en plus du volet milieu montagnard de l'UFCA. La sensibilisation devrait passer par les réseaux sociaux et utiliser au maximum l'image. Il faut des affiches « choc », notamment dans nos refuges. La Charte Montagne fédérale devrait être révisée pour la compléter, notamment sur le changement climatique

Les intervenants veulent assumer leurs contradictions et continuer à pratiquer leurs activités dans le respect de ceux qui vivent et travaillent en montagne, limiter les déplacements, pratiquer le covoiturage et utiliser quand c'est possible les transports en commun.

Les clubs ont tendance à organiser des séjours plus longs et à en proportionner la durée à la distance parcourue. Un certain respect du milieu est passé dans nos mœurs comme l'acceptation des interdictions de certains sites d'escalade au printemps (nidification).

Des jeunes ont souligné qu'ils n'acceptent pas le discours moralisateur de la fédération au sujet de l'impact de nos pratiques, alors qu'ils estiment avoir un comportement de tous les jours bien plus écologique que les générations précédentes.

Un souci pour l'avenir : comment renforcer notre bénévolat avec des personnes prêtes à s'investir dans les différentes instances locales, le travail avec les autres associations, la formation et sensibilisation à l'environnement dans les clubs. Une proposition : créer une formation « d'animateur Environnement » préparé pour agir dans les clubs.

En ce qui concerne les refuges, un consensus se dessine, les participants à cet atelier ne veulent pas d'aménagements trop « luxueux » : lits au lieu des bat-flanc, douches chaudes… Rester dans la sobriété et dans l'accueil avec des gardiens qui prennent le temps de sensibiliser le public à l'environnement et aux conséquences des changements climatiques. Bien que nos actions soient de portée réduite et le réchauffement inéluctable, l'éducation reste le meilleur vecteur pour limiter les dégâts au moins sur la biodiversité.

Plus largement, certains demandent que la fédération entame une véritable « transition environnementale », assortie d'un plan d'action.

Agnès METIVIER

QUELLE POLITIQUE FEDERALE EN MATIERE D'ENVIRONNEMENT ?

Les deux ateliers ont réuni 26 personnes, souvent jeunes (moyenne d'âge 40 ans, parité respectée), en majorité cafistes depuis peu de temps, d'où l'émergence d'idées nouvelles.

La politique fédérale est d'abord présentée telle qu'elle s'organise aujourd'hui. Deux actions nouvelles sont en préparation : l'utilisation de nos refuges comme lieux de sensibilisation à l'environnement et la refonte de nos modules de formation.

Il apparaît vite qu'il y a lieu de distinguer les clubs proches de la montagne et les « clubs de plaine ». Dans un cas comme dans l'autre, la Charte Montagne est peu connue. Certains pensent qu'elle doit être révisée. Sur la question « doit-on se préoccuper uniquement de l'environnement montagnard ou de l'environnement en général ?», les avis sont partagés. Les clubs de plaine souhaiteraient la fédération plus présente sur des thèmes communs à tout le territoire : ramassage des déchets, transports collectifs, covoiturage, etc.

En vrac quelques idées exprimées :

  • L'affichage politique des dirigeants en matière d'environnement est jugé trop timide, en particulier sur le changement climatique.
  • Il faut changer l'image de la FFCAM, perçue comme un rassemblement de consommateurs de loisirs et mettre en valeur les retombées économiques de nos activités en montagne. Nous devons être des acteurs du tourisme durable.
  • Les bonnes pratiques doivent être largement diffusées auprès des adhérents.
  • Les cafistes sont souvent vus comme des gens qui veulent que « rien ne change » pour continuer à faire leurs petites balades. Certains déplorent aussi l'image encore trop élitiste de la FFCAM.
  • D'autres considèrent que ce n'est pas la vocation de nos clubs d'être des « activistes de la nature », ils préfèrent la recherche de coopération avec les élus plutôt qu'un affrontement. Les clubs de Chamonix et Sallanches constituent à cet égard un bon exemple de la variété des positionnements.
  • Notre présence dans certaines instances, comme les parcs nationaux, et l'implication dans les territoires est à poursuivre, mais une difficulté est signalée : les bénévoles que nous sommes ont moins de poids que les salariés d'une organisation.

Le contenu de l'UFCA « environnement » donne lieu à des avis divers, mais plusieurs demandent de nouvelles formes de présentation, par exemple par film ou sur le terrain. Nos refuges devraient être davantage utilisés pour des actions de sensibilisation.

Bien qu'il soit difficile de faire la synthèse des opinions très variées qui se sont exprimées, les actions suivantes sont considérées comme prioritaires :

  • La prise en compte du changement climatique.
  • La préservation de la biodiversité.
  • Le désir d'élargir les préoccupations environnementales en montagne à des domaines plus généraux liés à la vie quotidienne, par ex : la limitation de la consommation de viande.
  • La majorité souhaite que nous soyons actifs, avec des actions très concrètes touchant notre quotidien
  • En matière d'aménagement la préférence va aux approches constructives avec les élus locaux plutôt qu'à la contestation.

Ce qui est certain, c'est que les adhérents de base connaissent mal la fédération et ses actions dans le domaine de l'environnement. Les instances fédérales ne communiquent pas bien, mais les clubs, pour leur part, relaient peu les informations vers les adhérents et font écran. Cela n'empêche qu'on a noté chez les participants une volonté de s'impliquer davantage dans les questions environnementales et une attente d'un engagement de la fédération dans une véritable transition énergétique.

Jean-Pierre BURAUD

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE EN MONTAGNE

Si la réalité des changements commence à être bien connue, analysée, décrite et visible - et Bernard Francou dans son introduction aux échanges a apporté un éclairage scientifique sur les phénomènes en cours -, les participants à l'atelier ont vite reconnu la difficulté d'apporter des réponses à une situation qui par bien des aspects nous dépasse par son ampleur et sa rapidité.

Ces réponses peuvent synthétiquement être classées en 3 catégories.

1) Le changement climatique, plus rapide et intense dans l'Arctique et en montagne, est d'une telle ampleur que même si tous les membres de la Fédération interrompaient toute activité avec effet immédiat, cela n'aurait aucune conséquence, compte tenu du faible impact de nos activités de loisir sur les émissions de gaz à effet de serre, comparativement aux activités économiques en général au niveau mondial. En conséquence, et moyennant un certain cynisme, nous n'avons rien à modifier dans nos pratiques. « On est arrivé à un point où il n'y a plus grand-chose à faire. On ne pèse rien par rapport au problème qui nous dépasse ».

2) La seconde réaction est celle de l'adaptation : adaptation de nos pratiques, adaptation de nos moyens. En d'autres termes, la forme change (on s'adapte) mais le fond reste (on poursuit les activités qui touchent à une part de nous-mêmes).

A ce titre, voilà quelques-unes des idées qui ont été émises.

  • Adaptation de nos courses en montagne car le réchauffement se fait plus tôt dans la journée. Période critique du printemps-été, où les courses doivent être déplacées (viabilité et sécurité).
  • On ne part plus à la journée. Les clubs s'arrangent pour « rentabiliser » les sorties en se donnant plusieurs objectifs pour un seul voyage (valable surtout pour les clubs éloignés des terrains d'activité).
  • Constatation qu'il y a peu d'endroits accessibles en transports en commun (à l'opposé d'autres pays comme la Suisse par exemple) : il est demandé en conséquence que la FFCAM s'implique pour pousser les pouvoirs publics à développer les transports en commun.
  • Que la FFCAM puisse aider les clubs à faire l'acquisition de petits véhicules de 9 places. Beaucoup de clubs imposent le co-voiturage,c'est la moindre des choses !
  • Encore beaucoup d'autres idées sur la mobilité : sites de covoiturage, relai des campagnes « en montagne sans ma voiture », mutualisation entre clubs, diffusion des expériences réussies.
  • Aménagement en montagne : il est demandé que la FFCAM prenne position dans des projets d'aménagement de la montagne telle la liaison ski entre les 2 Alpes et l'Alpe d'Huez. Point essentiel : préserver ce qui reste non-équipé. Avant, c'était pour préserver notre activité, aujourd'hui c'est aussi pour préserver l'environnement.

Des échanges parfois un peu vifs ont eu lieu sur l'aménagement des refuges. Certains participants estiment que la modernisation des refuges a comme conséquence d'amener une fréquentation accrue et donc néfaste au milieu montagnard (les douches ont été particulièrement ciblées). D'autres pensent qu'il n'est plus possible d'accepter que certains refuges se chauffent encore au charbon (comme dans les Ecrins), en provenance probablement de régions hors d'Europe, et se le fassent livrer par hélicoptère : quel bilan carbone ! Certains proposent de favoriser l'accès en navette au chalet de La Bérarde.

De nombreuses suggestions aussi concernant les vêtements et chaussures de montagne, dont l'empreinte environnementale est forte : partenariats avec des fabricants vertueux, exemplarité pour la boutique FFCAM, faire connaître les produits écolos.

3) La troisième réaction est allée plus loin dans l'adaptation, s'interrogeant sur la poursuite même de nos activités. Pour l'un des participants il est paradoxal de protéger et de pratiquer. Pour un autre, nous devons interroger notre capacité de renoncement : on assiste à un changement de paradigme.

Le rôle de la FFCAM en tant que « créateur d'envie » a été mis en exergue. Il lui est demandé « une participation à un imaginaire collectif différent », une « culture montagne » à renforcer.

Néanmoins, tout le monde a été unanime pour s'accorder sur la nécessité de développer l'information, la communication et la formation.

La communication vers l'extérieur

Les montagnes étant des « sentinelles du climat » (l'impact du changement climatique y est plus fort et plus visible qu'ailleurs) nous devons nous, pratiquants, être des « lanceurs d'alerte ».

Le meilleur moyen de toucher les jeunes, c'est de communiquer avec les moyens qui leur sont accessibles : se doter d'une vidéothèque pour diffuser des films.

Nos refuges, par lesquels il est possible de toucher beaucoup de monde, doivent servir d'instruments pour diffuser et renforcer la communication sur les changements environnementaux en montagne.

L'information au sein de la FFCAM

  • Meilleure communication sur les bonnes pratiques, sur ce qui existe au sein des clubs, pour que ce type de pratiques soit diffusé et inspirant.
  • « La lettre du milieu montagnard » : sa forme – un peu académique, voire dogmatique - est à revoir.
  • Il est proposé que la Fédération initie une « université d'été » avec d'autres Fédérations pour répondre aux nouveaux défis. Des échanges avec les autres clubs alpins de l'arc alpin sont nécessaires pour des initiatives communes.

La formation :

  • Dans les brevets délivrés par la fédération, il est souhaité un volet naturaliste plus important afin que les encadrants puissent avoir un rôle plus grand dans la transmission des  informations, avec un chapitre spécial sur le changement climatique.
  • Ce volet spécial doit particulièrement être prévu pour les écoles d'aventure et d'escalade à destination des enfants

Au terme de ces heures de débats passionnants, il est apparu que si le changement climatique est un constat partagé par tous et ne souffrant pas/plus de contestation sur le plan scientifique, les solutions envisageables pour notre obligatoire adaptation ne sont pas évidentes et ne laissent personne indifférent. Il y a même une grande urgence à essayer de trouver des solutions au-delà de la FFCAM. Nous ne pourrons pas trouver de solution dépassionnée, parce que nous sommes par définition des êtres passionnés. Mais pour autant, il faut prendre rapidement des décisions pratiques. La montagne est une partie de nous, elle nous a « fait grandir » et subitement nous la voyons se désagréger sous nos yeux. Comment l'accepter, comment réagir ?

Des réponses à ces questions dépendra notre futur. La montagne est symboliquement représentée par des sommets blancs. Peut-on accepter que demain l'ocre, le gris, voire le vert supplante le blanc dans l'imaginaire collectif ?

Jean BERTRAND et Bernard FRANCOU, président du comité scientifique de la FFCAM

LA LIBERTE D'ACCES AUX SITES DE PRATIQUE

Dans ces deux ateliers, au fil des interventions, on remarque parmi les présents une majorité d'encadrants qui ont déjà connu des interdictions d'accès à leurs lieux de pratique.

La notion de « liberté d'accès » est analysée : contrairement à ce que beaucoup pensent, la nature n'appartient pas à tout le monde. En France, on est toujours « chez quelqu'un », soit un particulier privé, soit une collectivité territoriale, et parfois l'Etat. C'est vrai en montagne comme ailleurs.

Les restrictions

Les restrictions ont des causes diverses, multiples, et chacun a des cas précis à décrire.

Les accidents donnent une mauvaise image des risques pris en sports de montagne, comme celui de Vingrau en escalade. Des interdictions de pratique sur des sites d'escalade, la fermeture d'autres falaises suite au désengagement de la FFME, ou des interdictions de passage sur des chemins suite à des éboulements, sont courantes.

Avec le développement du tourisme de masse, équipements, aménagements, accès, parkings saturés entraînent la fermeture ou la réglementation de la circulation sur les routes. L'incivilité de certains pratiquants pèse aussi. Récemment, le développement du vélo à assistance électrique amène des limitations de passage.

Quelles évolutions?

Les accès et parkings payants sont de plus en plus fréquents et mal acceptés. Les pratiquants acceptent les restrictions accompagnées d'informations et de justifications fondées : protection du grand Tétras en hiver, nidification des oiseaux en falaise...

Suite à un arrêté d'interdiction, il y a des articles dans la presse, des pétitions, des manifestations. Dans certains cas, les clubs locaux font part de leur impuissance et en appellent à la fédération. Mais ils ont conscience que lancer un contentieux doit être la dernière solution, il est préférable de rencontrer les élus responsables.

Quelles actions proposent-ils?

  • Ils ont conscience qu'il faut être présent dans les instances des parcs naturels régionaux, des réserves, des sites Natura 2000, et dans les CDESI (Commission Départementale des Espaces Sites et Itinéraires). C'est là que l'on peut renforcer la présence de la fédération et avoir un peu de poids.
  • Localement, il faut se rapprocher des associations environnementales : France Nature Environnement, Mountain Wilderness, pour agir avec elles si nécessaire.
  • Avec les propriétaires, seul le dialogue et le compromis peuvent réussir.

Et pour la fédération :

  • Avoir des supports de communication plus attractifs : moins de texte dans les plaquettes sur les activités respectueuses des milieux naturels, avec des photos « choc ».
  • Développer la sensibilisation et la formation sur l'environnement des milieux à protéger, dans l’UFCA qu'il faut proposer à tous les adhérents, et même envisager un « brevet environnement » ou une formation plus ciblée.

Michèle PONCET

Ce compte-rendu est paru dans La Lettre du Milieu Montagnard 63 (Février 2020)

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